Le « baromètre de janvier » est l’une des nombreuses « légendes » qui circulent sur les marchés financiers. Sa logique est simple : on dit que les performances enregistrées en janvier prédisent le comportement futur de l’indice au cours de l’année. Un mois de janvier positif implique une année haussière à venir ; un mois de janvier négatif suggère une année plus faible.
Dans cet article, nous examinerons si cette idée repose sur de véritables bases statistiques ou si ce n’est qu’une coïncidence. Pour ce faire, nous utiliserons le S&P 500, l’indice de référence pour le marché boursier américain. Le S&P 500 comprend les 500 plus grandes entreprises américaines et fournit une mesure plus large et plus diversifiée que des indices comme le Dow Jones.
Notre objectif est de déterminer, sur la base de données, si le baromètre de janvier s’est avéré réellement utile au cours des dernières décennies. Nous testerons l’idée à l’aide d’une approche systématique et reproductible, à partir de l’année 1990. À partir de là, nous évaluerons si les performances de janvier ont réellement un impact sur les retours des onze mois suivants.
La manière dont nous avons testé le baromètre : règles et stratégie de backtesting
Comme mentionné, nous utilisons le S&P 500 pour cette étude. Il est important de noter qu’il s’agit d’un backtest théorique d’un indice financier, qui ne peut pas être négocié directement dans des conditions réelles. En pratique, il faudrait utiliser un instrument corrélé tel qu’un ETF, un contrat à terme ou d’autres dérivés.
Actuellement, l’indice se négocie autour de 7 000 points. Pour garder l’analyse claire et comparable, nous allouerons une position théorique de 100 000 dollars pour chaque transaction.
Voici les règles de la stratégie :
- Nous considérons janvier comme le mois « observé ».
- Si le prix de clôture de la dernière barre journalière de janvier est supérieur au prix d’ouverture du premier jour, le mois de janvier est considéré comme positif.
- Dans ce cas, nous ouvrons une position longue sur l’indice à l’ouverture de la première barre du mois suivant (c’est-à-dire début février).
- La position est maintenue jusqu’au début de l’année suivante.
- Aucun stop loss ni take profit n’est appliqué, nous visons à simuler une logique d’investissement à moyen-long terme, et pas un trading à court terme.
Dans les sections suivantes, nous verrons comment ce simple dispositif s’est comporté depuis 1990 et si le prétendu baromètre de janvier a montré un réel avantage.
Résultats avec un mois de janvier positif : capitaux stables et retours solides
En regardant la Figure 1, nous constatons que la courbe de capitaux montre une croissance globale constante, avec une tendance à la hausse cohérente tout au long de la période de test. Des baisses de la courbe sont présentes, mais elles sont limitées, et la stratégie permet de naviguer même dans les phases de marché les plus difficiles sans rencontrer de problème majeur.
Un point de référence utile est la soi-disant « décennie perdue » (2000-2010), au cours de laquelle le S&P 500 est resté essentiellement stable en raison de deux marchés baissiers majeurs, chacun avec des tirages importants. Dans ce cas, l’impact a été plus atténué : le système a réussi à saisir les portions positives au cours de ces années et a maintenu une courbe de capitaux stable, évitant ainsi un résultat trop négatif pour la décennie.
La Figure 2 confirme ce comportement de manière statistique : le retour moyen par transaction est de 11 157 dollars, ce qui représente un gain moyen de 11,1 % sur les 100 000 dollars alloués à chaque transaction. Comme on pouvait s’y attendre, toutes les transactions sont longues, et le taux de réussite est impressionnant, à 80,95 %.
Dans l’ensemble, les résultats suggèrent que lors des années où janvier se termine sur une note positive, les onze mois suivants ont tendance à générer des retours favorables et cohérents.

Figure 1. Courbe de capitaux de la stratégie – Mois de janvier positif

Figure 2. Analyse des transactions totales – Mois de janvier positif
Et si janvier se terminait dans le rouge ? Des performances plus faibles selon les chiffres
Pour tester plus avant le baromètre de janvier, la Figure 3 montre la courbe de capitaux résultant de l’application de la même logique, mais dans le cas d’un mois de janvier négatif : si le mois se termine en dessous de son niveau d’ouverture, nous ouvrons néanmoins une position longue au début du mois de février que nous maintenons jusqu’au mois de janvier suivant. Cela nous permet d’évaluer si janvier influence réellement le reste de l’année.
La courbe de capitaux résultante est nettement plus erratique par rapport au scénario avec un mois de janvier positif : les baisses de la courbe sont plus profondes et plus fréquentes, en particulier pendant les périodes de marché volatiles. Alors que la courbe de capitaux finit tout de même par se retrouver dans un territoire positif dans l’ensemble, la croissance est nettement moins linéaire.
La Figure 4 fournit une confirmation statistique : un total de 14 transactions ont été effectuées, toutes longues, avec 9 gagnantes et 5 perdantes, ce qui donne un taux de réussite de 64 %. La moyenne par transaction chute à 6 557 dollars, soit un retour d’environ 6,5 % sur les 100 000 dollars alloués, ce qui est nettement inférieur au scénario avec un mois de janvier positif.

Figure 3. Courbe de capitaux de la stratégie – Mois de janvier négatif

Figure 4. Analyse des transactions totales – Mois de janvier négatif
La signification opérationnelle du baromètre de janvier
Les tests montrent clairement une chose : janvier n’est pas un mois comme les autres. Lorsqu’il se termine dans le vert, les onze mois suivants ont tendance à présenter de bien meilleures performances qu’en cas de fin de mois de janvier dans le rouge. Cela est évident à la fois dans les courbes de capitaux et dans les statistiques : retours moyens plus élevés par transaction, meilleurs taux de réussite et croissance plus stable pour les mois de janvier positifs ; résultats plus faibles, oscillations plus importantes et rentabilité réduite de moitié pour les mois de janvier négatifs. Cela confirme que la tendance de janvier a bel et bien un impact sur la qualité de l’année.
Alors pourquoi cela se produit-il ? L’explication la plus logique n’implique pas nécessairement des variables macroéconomiques, mais quelque chose de plus simple : la psychologie des investisseurs. Lorsque le marché commence l’année en force, de nombreux traders y voient un signal haussier et suivent le mouvement, alimentant ainsi une hausse supplémentaire. À l’inverse, un mois de janvier faible encourage la prudence, réduit l’appétit pour le risque et conduit à un environnement plus défensif. En substance, un comportement collectif de suivi de tendance se met en place, où les réactions des investisseurs aux performances de janvier finissent par renforcer la tendance initiale.
Un élément souvent négligé ici est le Forum économique mondial de Davos, qui a lieu en janvier. C’est là que se réunissent les dirigeants mondiaux, les PDG des entreprises internationales, les investisseurs institutionnels et les meilleurs experts en macroéconomie. Les prévisions économiques, les évaluations des risques et les perspectives stratégiques partagées lors de cet événement influencent inévitablement le sentiment du marché en offrant un instantané à jour de la manière dont les décideurs mondiaux perçoivent l’économie mondiale.
Un autre point clé : bien que les mois de janvier négatifs produisent des résultats plus faibles, ils ne justifient pas de prendre des positions courtes à long terme. Le backtest montre tout de même des retours positifs globaux au cours de ces années, et la courbe de capitaux ne donne pas de signe pour une tendance baissière sur toute l’année. De plus, prendre des positions courtes sur le long terme n’est ni courant ni efficace, en particulier avec les indices boursiers qui ont naturellement tendance à s’orienter à la hausse au fil du temps.
Cela dit, le fait qu’un mois de janvier négatif entraîne souvent des retours plus faibles peut tout de même être utile : les stratégies courtes pourraient être envisagées comme une couverture. En d’autres termes, si le mois de janvier se termine dans le rouge et que vous vous attendez à une année morose, il pourrait être judicieux de mettre en place des systèmes courts spécifiques, peut-être basés sur la réversion vers la moyenne ou sur des cassures baissières, pour protéger votre portefeuille, plutôt que d’essayer de « shorter l’année » d’emblée.
Conclusion : le baromètre de janvier est-il utile pour les traders systématiques ?
Le baromètre de janvier n’est pas une règle d’or, mais ce n’est pas non plus quelque chose à ignorer. Les données historiques montrent clairement que lorsque janvier se termine sur une note positive, le reste de l’année tend à suivre avec des conditions favorables : retours moyens plus élevés, volatilité réduite et meilleures chances de réussite pour les positions longues.
Pour les traders systématiques ou ceux qui gèrent des portefeuilles structurés, ce genre d’informations peut être intégré dans des cadres opérationnels plus larges.
Jusqu’à la prochaine fois, bon trading !
Avertissement de Benzinga : Cet article a été écrit par un contributeur externe non rémunéré. Il ne reflète pas le point de vue de Benzinga et n’a pas été édité pour le contenu ou la précision.